LE LAB : quand la microbiologie devient un jeu
16 avril 2026
À l’occasion de la Semaine nationale du laboratoire médical, nous avons rencontré Patrick Fillion, enseignant de biologie (microbiologie-immunologie) au Cégep de l’Outaouais et concepteur du jeu de cartes LE LAB.
Ce jeu compétitif, conçu pour 3 à 6 joueurs, plonge les participants dans un laboratoire loufoque où ils doivent affronter différents micro-organismes et accumuler des points de guérison afin de survivre aux infections.
Dans cette courte entrevue, il nous parle de la création du jeu, de la microbiologie et de la façon dont LE LAB peut contribuer à mieux faire connaître le travail essentiel des technologistes médicaux en laboratoire.

D’où est venue l’idée de créer LE LAB, un jeu de cartes qui plonge les joueurs dans un laboratoire ?
Pendant de nombreuses années, j’ai voulu créer un jeu en lien avec mon domaine d’études pour en faire un outil de révision ludique pour les élèves. C’est lors de la pandémie de COVID-19, soit en novembre et décembre 2020, que j’ai eu le temps de m’y mettre et de concrétiser ce projet. J’ai conçu la première version du jeu en quelques semaines. Une étudiante en graphisme de l’Université du Québec en Outaouais a ensuite développé une version plus professionnelle dans le cadre d’un de ses cours lors de la session d’hiver 2021. Puis, en septembre 2021, j’ai rencontré les gens de la compagnie FLYOS games à Montréal qui ont adoré le concept et l’ont amené au niveau que l’on connaît aujourd’hui. Le jeu est disponible en magasin depuis novembre 2024. Ce fut un long, mais enrichissant parcours.
Transformer des notions scientifiques comme les infections et les microorganismes en jeu amusant n’est pas banal. Comment avez-vous relevé ce défi?
C’est toujours délicat de parler de microorganismes pathogènes de façon légère et amusante. On ne veut pas leur donner une image inoffensive. L’idée, c’est de montrer que l’on peut combattre ces infections avec des cellules et composantes immunitaires, des médicaments, des vaccins, etc. L’illustrateur du jeu, Allan Gronseth Ohr, un artiste norvégien, a représenté les différents microorganismes et infections de façon exceptionnelle et parfois même de façon fort cocasse, ce qui donne un rendu visuel spectaculaire au jeu.
Pourquoi avoir choisi un format de jeu rapide et compétitif pour faire découvrir l’univers de la microbiologie?
Je voulais que l’on puisse en jouer 2-3 parties pendant un cours normal d’une durée de 2 heures. Je souhaitais un jeu rapide où tous les joueurs sont constamment impliqués dans la partie. Ici, on ne fait pas qu’attendre son tour, on peut aider les autres joueurs, leur nuire avec des cartes qui annulent l’effet de leur vaccin ou de leur médicament, on peut aussi infecter plusieurs joueurs, etc. Le jeu est dynamique et les élèves adorent cela.
À qui s’adresse LE LAB? Est-ce un jeu pour les passionnés de science, les étudiants ou simplement pour tous ceux qui aiment jouer et apprendre en même temps?
Le jeu s’adresse à tout le monde. On suggère 14 ans et plus en raison de certains dessins sur les cartes d’infections transmises sexuellement où les illustrations sont assez explicites. Pour ce qui est de la mécanique de jeu, elle est simple et tout le monde peut y jouer. Avoir des connaissances dans le domaine ne confère pas d’avantage particulier, mais on peut apprécier le jeu à un tout autre niveau, car ce sont les vrais noms des microorganismes, les vraies cellules immunitaires, etc.
Pensez-vous que LE LAB pourrait aussi intéresser de futurs étudiants ou des professionnels du domaine, comme les microbiologistes ou les technologistes médicaux?
Absolument! Le jeu a été conçu, à la base, pour les personnes étudiantes dans les programmes d’étude dans le domaine de la santé au collégial et à l’université. Tous les groupes avec qui j’ai testé le jeu ont adoré, que ce soit en soins infirmiers, soins préhospitaliers d’urgence, hygiène dentaire ou 2e année de médecine, tout le monde s’est amusé!
Dans le jeu, les joueurs doivent affronter divers microorganismes et infections. En quoi cette approche ludique peut-elle aider à mieux comprendre le travail réalisé en laboratoire pour les identifier et les analyser?
Quand je suis en classe et que l’on joue, j’amène les personnes étudiantes à réfléchir et à réviser les notions de chacune des cartes. Donc, par exemple, si je jouais avec des gens étudiant en analyses biomédicales, on pourrait profiter du jeu pour se rappeler quels sont les moyens utilisés pour identifier la bactérie Bordetella pertussis, agent causatif de la coqueluche : quels tests, quels milieux, quelles conditions d’incubation, etc. Le jeu devient un prétexte pour réviser la matière, les connaissances. On y joue toujours en fin de session, c’est notre cours ludique et relaxe pour réviser avant les examens finaux.
Dans la réalité, les technologistes médicaux jouent un rôle clé dans l’analyse des prélèvements et la détection des agents infectieux. Selon vous, un jeu comme LE LAB peut-il contribuer à mieux faire connaître cette profession?
Je crois que oui. De réaliser toute la diversité des microorganismes qui existe, ça peut permettre aux gens de comprendre un peu mieux votre essentiel travail. Le jeu comporte des cartes de bactéries, de virus, de protozoaires, d’helminthes (vers), de mycètes et d’arthropodes. Les gens, dans la population en général, ne réalisent peut-être pas toute la complexité et toute l’importance de votre travail. La qualité de votre travail influencera le traitement que recevra ou non le patient, c’est d’une importance incroyable.
À l’occasion de la Semaine nationale du laboratoire médical, quel message aimeriez-vous adresser aux technologistes médicaux qui contribuent chaque jour aux diagnostics et aux soins des patients?
Ayant eu la chance d’enseigner à certains de vos collègues au cours des années, je peux en toute confiance confirmer que ce que vous faites est essentiel. La santé et la vie des gens reposent souvent entre vos mains. Vos connaissances et compétences sont un rouage important du milieu de la santé. Merci d’être là et de prendre soin de nous.